Lutte contre l'obésité - Le Goff Technique

Mai, le mois de l’obésité

Coup sur coup, la journée européenne de lutte contre l’obésité le 19 mai, suivie par la Journée mondiale contre l’Obésité le 23 mai, braquent les projecteurs sur la maladie « obésité ». Certains contestent l’utilité de ces rendez-vous itératifs. A mon sens, toute prise de position, tout évènement de sensibilisation sont les bienvenus, au même titre que la dispensation d’une information sur les règles d’hygiène de vie incluant l’alimentation, et ce dès la maternelle, l’école primaire et se poursuivant ensuite au collège et au lycée. La prévention du surpoids par l’éducation dès le plus jeune âge est essentielle. Elle a été testée grandeur nature dans deux villes du nord de la France il y a une dizaine d’années. L’étude Fleurbaix Laventie Ville Santé, programme pilote d’intervention à long terme mené entre 1992 et 2004, a permis de stabiliser le taux de prévalence de l’obésité infantile. Elle comportait une éducation nutritionnelle soutenue à l’école – avec l’intention de faire passer les bonnes habitudes nutritionnelles aux parents via leur enfant – associée à une intervention collective auprès de la communauté.

Voici un exemple probant que toute éducation retentit sur le comportement et l’indice de masse corporelle, issu de mon expérience personnelle de chirurgien de l’obésité (Technique Le Goff) : après avoir opéré une mère de famille, j’ai ensuite opéré son mari; les deux ont beaucoup maigri. L’aîné de la fratrie (11 ans) est obèse car l’intervention des parents a été postérieure à son obésité. Pour sa part, le plus jeune enfant, âgée de cinq ans environ, a bénéficié des conseils diététiques prodigués à la famille et, les années passant, a conservé une corpulence normale.

Mais la sensibilisation doit s’envisager au-delà des initiatives locales et du seul colloque singulier médecin-patient. Elle doit être conduite à grande échelle, avec l’implication des pouvoirs publics au niveau national et européen, ainsi que la médecine scolaire. C’est l’une des vocations de la journée européenne de lutte contre l’obésité, ainsi que du World Obesity Day au niveau mondial. Un autre de ses objectifs est de favoriser l’intégration des personnes obèses, alertant le grand public au problème de l’obésité, bien éloigné de la simple injonction de « manger moins ». En effet, la stigmatisation des individus en surpoids perdure, entravant en particulier leur accès au marché du travail. Personnes sans volonté, sans frein, ne faisant pas attention à leur corps, qui se laissent aller, envahies par leurs pulsions et compulsions… ces raccourcis sont aussi irrespectueux que totalement erronés et inefficaces du point de vue thérapeutique.

Pour autant, je m’inscris en faux vis-à-vis de ce que l’on entend de plus en plus souvent à savoir qu’il faut accepter, assumer son surpoids ou son obésité et être heureux, sans complexes. Je pourrais abonder dans ce sens si les conséquences de l’obésité sur la santé n’étaient pas si dramatiques, si elles ne réduisaient pas drastiquement l’espérance de vie (diminution d’un an en cas de surpoids d’IMC<30 kg/m2, de trois ans en cas d’obésité d’IMC< 35kg/m2 et de dix ans en cas d’obésité sévère) et si la qualité de vie n’était pas considérablement altérée. En bref, si le thème relevait uniquement de l’esthétisme et non de notions vitales, d’autant plus préoccupantes que l’obésité est sévère (IMC>35 kg/m2), relevant alors plutôt de la chirurgie de l’obésité.

Dr Jean-Yves Le Goff